Entretien très privé avec Lakhdar BELAID

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Auteur et journaliste, monsieur Lakhdar BELAÏD nous a fait l’immense plaisir de se prêter au jeu des questions-réponses avec nous.

Rencontré au salon du livre de Bondues en début d’année ou plus récemment au salon du polar de Templemars, c’est avec appréhension que nous nous lançons dans un travail journalistique face à un professionnel.

Sur des sujets quotidiens, sur la violence urbaine de notre belle métropole lilloise ou alors sur des sujets historiques, monsieur Lakhdar Belaïd est sur tous les fronts. Homme multi talents, multi facettes et tellement humain, il nous accueille avec bienveillance.

Nous commençons :

 » Bonjour Monsieur Lakhdar BELAÏD,

Tout d’abord, merci de nous recevoir.

En vous faisant cette requête au Salon du Polar de Templemars, Fred et moi ne nous attendions pas du tout à un accord de votre part. Sincèrement, nous vous remercions.

Etant donné que vous êtes un homme très occupé, nous irons à l’essentiel :

  • Qui est Lakhdar BELAÏD ? Parlez-nous de vous ? Quelles valeurs vous guident ? Quel genre de vie menez-vous ? Quels sont vos projets ?

« Bonjour,

Lakhdar Belaïd est un citoyen lambda tombé dans la lecture très jeune. J’ai une vie de journaliste chroniqueur judiciaire à l’avenant. C’est-à-dire bien remplie, notamment de sujets surprenants et, ma foi, très régulièrement passionnants. Je crois que les valeurs vont avec. Il n’y a rien de plus simple que la sincérité et la transparence. Le journalisme est, a priori, le métier de la vérité. Pour ma part, je suis plus que jamais préoccuper par la montée des extrêmes et l’une de ses sources qui peut pourtant paraître simple à combattre : l’abstentionnisme. Ecrire des romans peut cependant paraitre contradictoire puisque l’auteur est censé cogiter un minimum pour créer une fiction. »

  • Quelles sont vos inspirations pour vos œuvres ? Est-ce purement le hasard ou un concours de circonstances qui décident du sujet de vos romans ? Des détraqués, des tueurs sadiques, des êtres corrompus… Vous choisissez des personnages assez meurtris ou complexes. Avez-vous vraiment perdu foi en l’Homme ? Ou au contraire êtes-vous un optimiste ?

 » Je n’ai absolument pas perdu foi en l’homme, bien au contraire. J’aime avoir parmi mes personnages quelqu’un de délicieusement naïf. Mes livres s’inspirent de faits historiques ou sociologiques forts. Si j’ai choisi le trafic de stupéfiants pour mon dernier roman, le trauma historique est prégnant dans les autres. Des phénomènes comme la guerre d’Algérie ou la Deuxième guerre mondiale ont forcément des influences sur des générations. En Algérie, une personne ayant choisi (ou s’étant vu enrôlée de force dans) tel ou tel camp, se verra peut être forcée de fuir la terre de ses ancêtres et installer sa descendance très loin, y compris à Roubaix, dans le Nord, terre de mes ouvrages. Durant l’Occupation, avoir été dénoncé ou pas, changera la donne quant à l’avenir de sa lignée… »

  • Vous êtes journaliste. Votre métier d’auteur est une seconde corde à votre arc. Vous vous basez sur des faits réels pour vos romans (louve story) ou historiques (Les fantômes de Roubaix), est-ce pour vous un moyen de dénoncer ? Le journaliste est, par vocation, tenu d’informer les populations mais certains faits sont maintenus sous silence donc l’écriture est-elle pour vous un moyen de vous libérer ?

 » Le plus grand problème dans le journalisme a toujours été le manque d’espace pour s’exprimer. Les articles ou reportages TV ou radio sont toujours trop courts pour exploiter la matière. Il existe également le problème du manque de preuve pour « épingler » telle ou telle personne, ou telle ou telle institution ou mouvement. La fiction permet de compenser ce type de frustration. Mais attention, une personne ou un parti se reconnaissant dans une œuvre, même officiellement fictive, peut attaquer –et gagner- en justice. L’auteur doit également garder à l’esprit et dans ses réalisations un véritable respect pour ses sujets, quand bien même il les détesterait. »

  • Etant auteur, quel est votre rapport au monde de l’édition ? A-t-il été facile d’être publié ? Y-a-t-il un « star system » ? Que diriez-vous à un jeune écrivain qui souhaiterait se lancer ?

 » Je ne sais pas comment définir l’expression « star system ». Certains auteurs se vendent (et s’arrachent) plus que d’autres. Il y a cependant de la place pour tout le monde. A un nouvel écrivain (jeune ou pas d’ailleurs), je dis que s’il (ou elle) a le souhait d’écrire, il faut aller jusqu’au bout. L’exercice est long, parfois rude, mais si le plaisir est là, pourquoi le bouder ? Il ne faut pas non plus avoir peur d’envoyer des manuscrits à des éditeurs. Comme d’autres, j’ai subi des refus. Parfois, des absences de réponse. Je ne vais pas jeter la pierre à des personnes extrêmement sollicitées moi, à qui il arrive d’être débordé au point d’oublier tel ou tel engagement. L’important avec tout éditeur, comme d’ailleurs avec tout interlocuteur, est d’être patient, persévérant et humble.


Ma bibliographie :

Sérail Killers, coll. Série Noire, ed. Gallimard (2000) ; ed. Folio Policier (2003)

Takfir Sentinelle, coll. Série Noire, ed. Gallimard (2002)

World Trace Cimeterre, ed. Cherche-Midi (2006)

Mon père, ce terroriste ed. du Seuil (2008)

Les Fantômes de Roubaix ed. Ravet-Anceau (2011)

(On l’a chroniqué pour vous : Les fantômes de Roubaix de Lakhdar BALAÏD

Louve Story, ed. Ravet-Anceau (2017)

(On l’a chroniqué pour vous : Louve Story de Lakhdar BELAÏD)

Sans oublier quelques ouvrages collectifs… »

Merci beaucoup de nous avoir accordé de votre temps. C’était un plaisir de vous rencontrer.
Nous vous souhaitons bonne continuation dans tous vos projets. »

Propos recueillis par Fred & Axelle Georges.

Pour vous procurer ses romans :

Edition RAVET-ANCEAU

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