Entretien avec Monsieur Xavier Husson.

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Bonjour Monsieur Xavier Hussön,

Tout d’abord, merci pour votre participation.  

  • Qui êtes-vous ? Pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît ? (Comment avez-vous commencez ce métier ? Quand avez-vous commencé ? ect…)

« Je suis gaucher… gaucher non contrarié. Enfant, ma grand-mère me faisait lire dans le miroir d’une armoire les premiers mots que j’écrivais en « lettres bâtons ». Tout était à l’envers de l’endroit. Je commençais à droite de ma page pour terminer à gauche. Peut-être qu’à trop regarder ce miroir, je suis resté en partie de l’autre côté. De là, certainement, mon attirance pour des univers tels ceux imaginés par Lewis Carrol ou Jonathan Swift.

Comme la plupart d’entre nous, j’ai dessiné très tôt. Comme certains d’entre nous, je n’ai jamais cessé. Au terme d’études en arts appliqués, j’ai débuté comme graphiste illustrateur, puis très vite illustrateur tout court ! Je ne voulais rien lâcher du plaisir de dessiner. Une autre passion était de (me) raconter des histoires. L’écriture s’est affirmée curieusement, par le biais du jeu de rôle. Je ne tirais pas tant de satisfaction à jouer qu’à écrire et conter le déroulement du scénario imaginé. Je me suis donc essayé à l’écriture, sans trop savoir où cela me mènerait. Ainsi sont nées les aventures de Jean de la Lande, journalier breton dont la taille se voit réduite à celle d’une noisette après qu’un korrigan facétieux lui ait jeté un sort. Un clin d’œil au livre de Richard Matheson, L’Homme qui rétrécie, paru en 1956, dont une adaptation cinématographique a été réalisée en 1957 par Jack Arnold. À voir !… et à lire !

Photos fournies par Monsieur Xavier Hussön

Le processus a été un peu long mais il a abouti à l’ébauche d’un récit. Quelques années plus tard, je me suis risqué à une mise en image de l’univers que je mûrissais en moi depuis longtemps. Et puis, tout est resté dans un carton à dessins… jusqu’à un certain salon du livre, à Paris. »

  • Vous êtes L’auteur/l’illustrateur de plusieurs œuvres nous contant les légendes. Pouvez-vous les présenter en quelques mots?

« Mon inspiration se mêle de fantastique et de merveilleux. Un fantastique dû à l’intrigue et la manière qu’ont les mots de peindre l’atmosphère de chacune des histoires soufflées à l’oreille des lecteurs, si possible les soirs d’automne, lorsque la pluie frappe au carreau… est-ce bien la pluie, d’ailleurs?

Je choisis de vieux contes que je réadapte. Parfois, l’histoire nait d’une superstition à partir de laquelle j’imagine une légende inédite. En d’autres occasions j’écris sous forme de nouvelles. Cependant, je ne perds pas de vue qu’à l’origine était la tradition orale. Aussi chaque texte est éprouvé à voix haute. Je porte une attention particulière à la musicalité du récit, celle des mots qui le composent. J’associe ce flux conté à un ruisseau courant dans l’herbe rase. Il arrive que ces textes soient lus en spectacles ou plus simplement à l’occasion de « l’histoire du soir « , ce moment partagé, seuil de la nuit à venir. L’écriture, la ponctuation doivent permettre de trouver le ton très naturellement. Pour nourrir l’inspiration et m’immerger dans le contexte du thème choisi, je compose des atmosphères sonores auxquelles j’ajoute des ambiances musicales. Ainsi, je couche sur le papier les séquences qui me viennent à l’esprit. J’ai cette même habitude pour la conception des planches illustrées. Alors je ne suis plus à ma table de travail, j’ai le sentiment de me promener, me perdre dans l’image. »

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Découvrez les livres de l’auteur déjà présent sur le blog en suivant les liens:

Merveilles et légendes de Merlin l’enchanteur de Xavier Hussön

Merveilles et légendes

  • Pourquoi ces légendes ? Est-ce une passion depuis toujours ?

« J’ai découvert l’univers du conte suite à un voyage en Côte d’Ivoire. La richesse et la générosité des rencontres ont généré l’envie de lire certains auteurs. J’ai découvert Amadou Hampâté Bâ, Amos Tutuola, Maryse Condé, Ahmadou Kourouma… Le conte, les conteurs, les griots sont très présents dans la culture africaine. Le livre d’Amos Tutuola Ma vie dans la brousse des fantômes est une sorte d‘ Alice aux Pays des Merveilles Yoruba.

Plus tard en Colombie, j’ai fait la rencontre d’un autre magicien de la parole, devenu ami très proche, Nicolas Buenaventura. En toute objectivité, l’un des meilleurs de la caste des conteurs. Avec lui, le simple fait de vous demander le sel à table, vous êtes ailleurs. Ce n’est plus un conteur, c’est un « porte-au-loin ».

Mais aussi… Confier mes deux oreilles aux contes bretons d’Alain Le Goff, au pied du Géant du Manio, un menhir près des alignements de Carnac, m’a définitivement incité à franchir le seuil de la porte des légendes.

Pour ce qui est de cet attrait du Fantastique, en effet, ce doit être depuis toujours. Une attirance pour ces mondes étranges : Le pays des Merveilles, encore une fois. La géographie des voyages de Gulliver et autres Gilgamesh, Gargantua… Les décors irréels du Cabinet du Docteur Calligari, E.A.Poe, Les Contes Fantastiques de Maupassant, sa nouvelle Sur l’eau, où le fantastique n’existe que par la description que fait le narrateur d’une nuit dans laquelle il va se perdre. Tim Burton, bien sûr… Et Fellini. Fellini est très important pour moi. »

  • Pouvez-vous peut-être conseiller quelques lectures aux amateurs de légendes Bretonnes ?

« Je ne vous étonnerais pas, ce seront plutôt des contes liés au fantastique :

De Claude Seignolle, « L’homme légende » disparu cette année, Contes Fantastiques de Bretagne aux éditions Terre de brume.

Anatole Le Braz avec, entre autres, La Légende de la Mort chez les Bretons Armoricains pour lequel Au Bord des Continents… m’a proposé de réaliser une version illustrée parue en 2013.

Alain Legoff, évoqué ci-dessus. Il faut se laisser emporter par ses contes imprégnés de cette terre de Bretagne si envoutante. Pen ar bed, le bout d’la terre ! Un autre grand magicien de la parole. Il a également des parutions. Pour ceux qui ont eu la chance de lui prêter l’oreille, on retrouvera son phrasé musical au travers de son écriture.

  • Auteur/Illustrateur est-il votre métier premier ?

« J’ai débuté comme illustrateur en publicité, presse et communication. Pour avoir du boulot, mieux vaut ratisser large. D’autre part, le bouche à oreille et les opportunités vous invitent à répondre aux demandes les plus variées. Autant dire que le fantastique et le merveilleux n’étaient pas toujours d’actualité. Cependant, je soumettais dès que possible des pistes humoristiques ou oniriques. Parmi les créations les plus intéressantes, j’ai réalisé des albums très spécialisés, voire confidentiels, pour le milieu hospitalier adressés aux enfants hépatiques. D’autres ayant pour sujet le handicap dans l’entreprise ou la psychologie du travail. Ces travaux sont à l’origine de certaines de mes plus belles rencontres professionnelles. »

  • Comment avez-vous réussi à percer dans ce monde? 

« D’abord, je ne sais pas si l’on peut dire que j’ai percé. J’en vis, certes, mais jusqu’à dire que j’ai percé, c’est une autre histoire. Disons que je me suis fait une petite place, sur le strapontin, au bout, là-bas, avec son ressort lequel, lui, ne manque pas de percer.

À l’origine, il y a deux rencontres faites à dix minutes d’intervalle au salon du livre de Paris. Florent Patron, à l’époque responsable éditorial chez Coop Breizh, aujourd’hui fondateur des éditions Locus Solus. Au vu des planches aquarellées de Jean de la Lande, il m’a proposé d’éditer les deux albums de la série. Dans la foulée, Patrick Jezequel, fondateur de Au bord des Continents…, m’a proposé d’adapter le conte bien connu Les deux bossus. La Gigue des Korrigans fut donc ma première parution en littérature jeunesse, suivi des deux Jean de la Lande, Le Sortilège et Le Troisième souhait, évoqués plus haut.

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Après ces trois premiers livres, j’ai marqué une pause en raison d’un abondant travail d’illustration en communication. J’ai repris sérieusement en 2013 avec Au bord des continents… J’ai alors contribué au développement de la collection Merveilles & Légendes avec Sèverine Pineaux, Sandrine Gestin et Pascal Moguérou auxquels se sont ajoutés de nouvelles plumes, dont Claudine Glot, Richard Ely et plus récemment, Caroline Vannier avec laquelle nous venons de réaliser « l’épouvantable » Merveilles et légendes des fantômes, paru en avril 2018.

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Photos de Xavier Hussön

Photos de Xavier Hussön

 

Une autre belle rencontre s’est étoffée au hasard des festivals, le soir, dans la pénombre de tavernes aux reflets ambrées, celle de Pierre Dubois. Suite au décès de son cher complice René Hausman, Maistre Pierre m’a proposé d’illustrer le dernier opus des Elfémérides le grand légendaire des saisons, éditée chez Hoëbeke. J’ai donc pris la relève de Maistre René pour l’Elféméride d’été paru en octobre 2017.

Le plus souvent, ce métier se nourrit de belles rencontres motivées par la passion, l’échange, la transmission. »

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Photo de Xavier Hussön

Vous pouvez découvrir l’interview de Richard Ely en suivant le lien:

Entretien avec Monsieur Richard Ely.

Découvrez les œuvres de Richard Ely, Pascal Moguérou, Pierre Dubois, Séverine Pineaux, Patrick Jézéquel, Sandrine Gestin, Caroline Vannier, Xavier Husson en suivant les liens:

Merveilles et légendes de Merlin l’enchanteur de Xavier Hussön

Merveilles et légendes

Sombres féeries de Pascal Moguérou

L’épouvantable encyclopédie des fantômes de Carine-M, Pierre Dubois et Elian Black’Mor

  • Avez-vous une maxime de vie ? Une ligne de conduite ? 

       « J’ai le sentiment de barrer un navire. Je maintiens un cap très précis, privilégier la passion et un maximum de liberté… sans qu’elle n’empiète sur celle des autres. »

  • Quel est votre auteur(e) de prédilection ?

 » J.M.G. Le Clézio. Il m’emporte dans ses voyages intérieurs. Le Procés-Verbal est souvent à   portée de main. Adam Polo pourrait être, en partie, un modèle de vie. En partie seulement. J’aime le regard que Le Clézio porte sur nos mondes, la perception qu’il en a. Comment il nous invite (incite) à ne pas nous oublier. »

  • Quel est votre livre de chevet ?

« J’en ai plusieurs. J’ai terminé La plaine étincelante de William Morris. Je viens de commencer en parallèle Le Montespan, de Jean Teulé, Contes Fantastiques  de Erckmann-Chatrian, une première édition de 1860 déniché sur une brocante pour 5 €uros et Le Procès des Etoiles de Florence Trystram. En 1735, l’histoire d’une expédition envoyée au Pérou par l’académie des sciences de Paris pour y mesurer un arc du méridien terrestre. Dans la journée, je lis Un monde à part de Kenneth White, une histoire de la cartographie. Ce n’est plus de la lecture. Ce sont des voyages immobiles. »

  • Quels sont vos projets aujourd’hui ?      

« Dans la série des « Petits grimoires » déclinée des Merveilles et légendes, chez Au Bord des Continents…, je viens de terminer Le Bestiaire Médiéval, à paraître très prochainement. Nous y présentons quelques créatures fantastiques issues de l’enluminure du XIIIe siècle avant de les mettre en scène dans de courts récits extraits d’une bibliographie… qui n’existe pas.

Actuellement, je suis sur le texte d’un prochain Merveilles & Légendes des Océans… entre autres projets. »

  • Vous avez beaucoup d’expérience et nous vous félicitons pour ça, que diriez-vous à un jeune auteur/illustrateur qui souhaiterait se lancer ?                                                                                                    

« Trouver un bon éditeur dont la politique éditoriale correspondra au projet présenté.         Mais au début, ne pas hésiter à diversifier les domaines de prospection. L’édition permet rarement de gagner sa vie immédiatement. Il est profitable de soumettre sa pratique du dessin et de l’illustration à différents secteurs d’activités : presse, publicité, communication d’entreprise, conventions et séminaires… On découvre des milieux très intéressants, c’est souvent exaltant. En tant que dessinateur, on a un rapport particulier avec ceux pour lesquels on est appelé à travailler. L’expérience est enrichissante. En parallèle, rien n’empêche de préserver du temps pour soi et ses propres projets. Il faut apprendre à être patient, barrer tout en subtilité, jouer avec le vent et les courants… sans perdre le cap. »

  • Où vos fans peuvent-ils vous rencontrer en dédicace prochainement ?

« Fin novembre au salon du livre jeunesse de Montreuil. En février à la foire du livre de Bruxelles, en mars à Alès pour un salon dédié à la bande dessinée puis en mars, toujours, au salon du livre de Paris. »

  • Avez-vous peut-être un message à partager à vos lecteurs ou aux nôtres ?

« Ecoutez le vent… Il porte les histoires. Les histoires d‘ici et d’ailleurs. Et soyez sages. Quoique… pas trop tout de même. »

 

Un grand merci à vous.

Merci de nous faire rêver avec vos mots, merci de nous transporter avec vos histoires. Merci de partager avec nous votre talent d’écrivain et d’illustrateur.

Nous vous souhaitons bonne continuation dans tous vos projets et n’hésiterons pas à suivre votre évolution.

 Pour mieux connaître l’auteur, suivez les liens:

Xavier Hussön

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Propos recueillis par Fred.

 

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